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mercredi 7 janvier 2026

SOUVENIRS, Souvenirs...pour ceux qui ont connu notre LeF à ses débuts...Mais....qui m'a envoyé ce texte ?

Je ne retrouve pas l'auteur de ce courrier. Mais

c'est forcément une élève du Chinchon où elle a passé sa 1ère année de bac pour "monter" en foret

à comparer avec les souvenirs des "internes" du Chinchon, des garçons de Gambetta...(voir pages sur la droite): Ils étaient ensemble en terminales.


 RÉVOLTE EN FORÊT

                  Encore un brin de biographie, puisque vous semblez l’accepter.

             Je venais d’obtenir la première partie du Bac à la cession des malades, puis j’avais flemmardé dans la baignoire chez ma sœur, un endroit magique, une eau tiède servie directement par des robinets.

On voyage, les yeux fermés, on profite, c’est la « Dolce Vita » sans jamais être « à bout de souffle ».

Et là, « au printemps de ma folle jeunesse » (comme disait Clément Marot) je flottais dans une quiétude sans limite.

 

            Voilà pourquoi j’étais arrivée au collège avec plus d’une semaine de retard.

Les copines s’alignaient pour monter dans le car en partance pour le lycée de la Forêt.

Un lycée tout neuf. En plein cœur de la forêt de Paucourt.

J’étais à la fois contrariée de quitter la vieille école du Chinchon mais aussi impatiente de découvrir ce nouvel établissement.

Mes parents, eux, ne décoléraient pas, une école à l’autre bout de la terre, plus de trois kilomètres hors de la ville, dans une forêt sacrée, gardienne des secrets, ceux du « chien de Montargis » qui avait sauvé son maître de la décapitation et surtout ceux de la Résistance.

Nous nous étions abstenus de toute visite au chantier, ne pas voir les chemins dégradés, le bitume remplacer les arbres plusieurs fois centenaires, ne pas entendre les cris, sifflets et klaxons à la place des oiseaux.

 

            Le lycée n’avait aucune allure, un truc rectiligne au bout d’une voie goudronnée qui coupait deux espaces d’herbe rase.

A gauche, une station pour vélos. Au fond la bâtisse aux vitrages serrés, sur trois étages. Une sorte de prison vitrée où il faudra apprendre l’enseignement d’hommes qui ont réfléchi au grand air.

Le car nous déposa devant la grande grille, les garçons partirent de leur côté, les filles de l’autre. A chacun son escalier. L’entrée dans la classe, les garçons d’abord, les filles ensuite.

Au signal du professeur, les garçons s’arrêtèrent derrière leur pupitre à sa droite, les filles à sa gauche. Au signal, chacun s’assit. Le professeur me désigna une place vide au premier rang féminin. Le cours  débuta.

 

            La récréation se révoltait de la séparation des sexes, un  ballon passait d’un côté, de l’autre par dessus la ligne bleue de séparation que nous enjambions allègrement, le pion sifflait. Peu après, par mégarde ! il prenait la balle en pleine poire.

C’était un jeu sans lassitude, qui tirait parfois en longueur pour protéger les petits couples échappés pour se bécoter puis s’en revenaient subrepticement par le stade, ouvert sur l’arrière du lycée.

Ah ! La belle chose que d’être jeune ! Il poussait comme un vent de liberté, on s’y laissait porter.

Et, comme écrivait Chateaubriand « Si vous voulez contrarier les idées, les resserrer dans un cadre où elles ne peuvent plus entrer, elles feront explosion ». L’explosion ne s’est pas faite attendre !

 

            Nous mangions presque tous à la cantine. Après les garçons, les filles « réfectoiraient », puis sortaient devant l’œil froid du surveillant. Cette fois, Nicole eut à peine  le temps de franchir le seuil, elle fut tirée à l’extérieur. Puis la suivante. La suivante encore ! Mon tour ! La main ferme d’un garçon attrapa ma main droite, me tira jusqu’à ce qu’un autre garçon s’empare de ma gauche en tendant son autre main à Christiane ! Même sort pour le reste des boëlles qui sortaient. Les quelques garçons encore seuls nous faisaient signe de nous taire. A la fin, le premier de la cordée leva son bras libre, la ribambelle -un garçon, une fille, un garçon, une fille-  s’ébranla ! Le surveillant hurla. Il tenta de nous arrêter, nous accélérâmes. Il abdiqua.

 

            Un tour de bonne humeur, de franches rigolades, nous partîmes par la grande allée interdite à l’arrière du bâtiment. Les joueurs de tennis s’arrêtèrent, ébahis par cette longue bande bruyante et chaotique. Nous huèrent devant la piscine, toute neuve. Toute moche, qui défigurait l’entrée du bois. Nous fîmes un crochet par le stade où certains demandèrent un arrêt pour faire le plein de nonnettes à la cahute des bonnes sœurs. Puis repartîmes à vive allure afin de ne pas rater les cours.

 

            Le pion nous accueillit en beuglant, mais nous ne l’avons pas entendu. Notre Marseillaise couvrait ses invectives. C‘était beau à voir, ce type épuisé de colère face à notre envie de vivre ! Le Principal est arrivé. Nous avons continué. Il a levé les bras, a demandé à quoi rimait cette cavalcade. Gérard, le chef de l’escapade, s’est approché : « Nous ne voulons plus de cette séparation dans la cour ».  Le principal s’est montré grandiose, il a acquiescé ! Nous l’avons applaudi ! Puis nous avons repris joint la classe, un gars-une fille. Personne ne nous a arrêtés !

 

***********************

            Quelques temps plus tard, le Ministre de l’Éducation est venu inaugurer le bâtiment. Ce n’était pas un homme de haute prestance, non ! Un monsieur tout-le-monde, qui, l’année précédente avait inventé une réforme : nous avions dû passer une session écrite de la 1ère partie du bac en février, puis renouveler en juin, écrit et oral. Il a pourtant servi d’exemple à l’ensemble des ministres qui lui ont succédé, une réforme c’est la meilleure manière pour qu’on retienne son nom, et tant pis pour les élèves !

 

            Plus de 50 ans après, j’y suis encore ! Nous sommes en cours de philo. On frappe : « Il faut descendre dans la cour, le Ministre attend pour faire son discours ! ».

Monsieur Régnier refuse. Le pion insiste

« Allez, en rang » nous dit-il. Nous sortons.

- Vous aussi Monsieur.

Régnier refuse. Le principal arrive, le menace. Régnier cède.

Au retour, il reprend son cours. Non ! Pas tout à fait ! Lui qui enseignait avec rigueur abandonne le sujet du jour ! Il nous fait une démonstration sur les risques des idées larges, voire de la désobéissance, Socrate en exemple.

Puis nous en montre les bienfaits, Platon dans ses écrits. .

 

            Merci Monsieur Régnier ! Nous avons bu vos paroles ! Et maintenant, ici, chacun boit à la liberté de faire ! De dire ! Chacun boit à la liberté.